Arance dans la grande Guerre

Parmi les 4 villages (Arance-Gouze-Lendresse-Mont) Arance est celui dont le monument aux morts porte le plus grand nombre de noms pour la guerre de 14 … au total 25 hommes.

 En voici la liste :

  •  Bourdieu Auguste-Rémi né le 15/11/1896 à Gouze – mort à 20 ans le 7/11/1916 à l’ambulance 11 de Maricourt (Somme)
  • Camdessus Jean-Clément né le 23/11/1890 à Arance – tué à l’ennemi à 24 ans le 16/11/1914 à Vitry le François (Marne)
  • Cassouroumé Marcel né le 14/12/1890 à Arance – disparu à 24 ans le 9/9/1914 à la Certine (Marne)
  • Cazalis Daniel, infirmier militaire, né le 16/8/1888 à Orthez – mort à 31 ans le 19/10/1919 à Larressore
  • Cazalis Jean-Eugène, son frère, né le 24/8/1890 à Orthez – disparu à 24 ans le 29/8/1914 à Semeries (Nord)
  • Chelle Léon né le 19/4/1891 à Labastide-Cézeracq – Caporal, tué à l’ennemi à 23 ans le 8/9/1914 à Marchais en Brie (Aisne)
  • Coussoou Jean né le 13/1/1884 à Arance, marié à Jeanne Marie Madeleine Claverie – disparu le 12/10/1914 à 30 ans à Oulches (Aisne),

Photo de Jean Coussoou

 

  • Couture Maurice né le 4/8/1889, marié à Maria Mondot – décédé à 25 ans le 13/10/1914 à l’hôpital de Salon de Provence (Bouches du Rhône)
  • Darricarrère Pierre né le 9/9/1895 à Pau – décédé des suites de ses blessures à 23 ans le 24/8/1918 à l’hôpital des Sources à Bussang (Vosges)
  • Despuyoos jules né le 5/8/1895 à Salles-Mongiscard – Caporal, disparu à 20 ans le 30/6/1915 au combat de Seddul Bahr (Turquie)
  • Dufau Jean-Robert né le 3/5/1893 à Arance – Caporal, tué à l’ennemi à 25 ans le 26/4/1918 devant Cachy (Somme)
  • Guilhamet Albert né le 22/8/1881 à Doazon, marié à Jeanne Hau, 2 enfants Yvonne et Gabriel – disparu à 34 ans le 25/1/1915 à Oulches Vallée foulon (Aisne)
  • Haurou Jean-Louis né le 30/8/1888 à Arance –décédé à 26 ans suite de blessures de guerre le 13/10/1914 à l’hôpital complémentaire de Châlons sur Marne.
  •  Hignelus Henri né le 9/10/1894 à Arance – Caporal, décédé à 24 ans le 21/10/1918 à Cer en Macédoine des suites d’une maladie contractée en service. Le journal des opérations de son régiment note que pendant le mois d’octobre, une épidémie de broncho-pneumonie grippale a occasionné 291 morts d’hommes de troupe et 4 d’officiers. Henri en fait-il partie ?
  • Hignelus Jacques-Julien, son frère, né le 10/3/1880 à Arance – mort à 37 ans des suites de maladie contractée en service commandé le 10/1/1917 à l’hôpital maritime de Rochefort. Blessé trois fois entre 1914 et 1915
  • Houyou Pierre né le 17/5/1880 à Arance, marié à Marie Cathalinat, deux enfants : Noëlle et Louis –décédé à 35 ans le 20/10/1915 sur le champ de bataille de Souain (Marne)
  • Lafon Jean né le 28/8/1888 à Arance, émigré au Chili, déclaré insoumis en 1900, s’est présenté en 1914 – mort à 28 ans de ses blessures le 7/6/1916 à l’hôpital de Vichy (Allier)
  • Lamourelle Jean-Pierre né le 3/12/1872 à Arance, marié à Marie-Jeanne Touyarot, une fille : Amélie – mort à 43 ans le 15/3/1915 au château de Louvois (Marne)
  • Lasserre Jean-Marcel né le 16/7/1898 à Arance – mort à 20 ans de ses blessures le 25/10/1918 à l’hôpital d’Abbecourt (Aisne)
  • Mouralot Ernest Ulysse né le 14/4/1882, boulanger – démobilisé le 25/3/1919, décédé à 37 ans le 15/8/1919 à Arance
  • Naulé Romain né le 15/6/1876 à Arance – tué à l’ennemi à 39 ans le 30/12/1915 à Villers au bois (Pas de Calais)
  • Pasquet Louis né le 12/7/1896 à Arance –tué à l’ennemi à 22 ans le 1/8/1918 au combat près de  Crémailles (Aisne)
  • Pommès Marcel né le 28/9/1881, marié à Madeleine Lamarque, un enfant : Louis – décédé à 37 ans le 13/12/1918 au Camp de Guben en Allemagne, et inhumé au même endroit tombe 427
  • Saint-Martin Jean né le 29/1/1873 à Orthez, marié à Justine Perriat, un enfant : Jean-Maurice – mort des suites de blessure de guerre à 44 ans le 7/8/1917 au champ de bataille de Vendresses (Aisne)
  • Toulouse Félix né le 7/6/1887 à Arance – Sergent, décédé à 29 ans le 29/4/1916 à Lizerne (Belgique)

 

A la guerre, certains ont recueilli des trophées,

 par exemple, un casque allemand …..

«… je pense que vous le trouvez joli, ce casque bôche […] Naturellement après cette dernière bataille on en a trouvé. […] je vous le répète vous êtes fiers d’avoir une casque pointe Albôche, mais aussi il faut le conserver un bon souvenir de la guerre 1914 à 1915… » (Romain 21 février 1915)

Ce qu’ont connu et enduré ces hommes, nous pouvons nous en faire une idée à partir de cartes et de lettres retrouvées. En particulier celles de Pierre Houyou qui écrit à Pierre Doumecq, son cousin, pas encore mobilisé.

Pierre Houyou a 34 ans en 1914. Il est marié et a deux enfants. Il avait d’abord été dispensé en 1902 comme seul fils d’une veuve.

Quand il est mobilisé, à Mont de Marsan, d’abord il ne comprend pas comment ça se passe, il ne sait pas s’il peut écrire à sa famille, si les lettres passent…. Quand il en reçoit une lui-même il commence à écrire :

 « …Quant à nous autres, nous ne sommes pas trop malheureux, tant que nous aurons de l’argent ça ira bien, enfin si nous restons ici ça marchera quand même car quand je suis parti je ne croyais pas d’être ici en ce moment… »

  «… Nous ne savons pas quand est-ce que nous  partirons. Il y a un bataillon qui est choisi il y a trois jours et qui devait partir et il n’est pas encore parti et il y en a  à partir beaucoup avant nous autres…. »

  • Son premier souci, le travail de la maison :

« …. Anna m’a dit que tu es allé pour couper le trèfle. Je t’en remercie beaucoup et si jamais je peux réparer je le ferai de bon cœur et je te prie encourage les tant que tu pourras parce que je pense qu’elles s’en voient beaucoup et sans savoir quand ça sera fini….. » (25 août 1914)

« …. Chez nous on m’a écrit que vous y avez été pour tuer le cochon je pense qu’il s’est passé bien légèrement mais espérons que pour l’année prochaine ça ira mieux…. » (14 février 1915)

« … Je voudrais être chez nous surtout qu’en ce moment ci,  parce que c’est le plus grand moment de travail et que nous avons le beau temps et je ne sais pas si on y reviendra plus….. » (13 mars 1915)

« …. Je vous remercie beaucoup du travail que vous faites chez nous car je crois qu’il ne vous en manque pas si vous voulez attraper partout….. » (3 avril 1915)

« …. Vous n’avez pas un temps favorable pour les semailles c’est bien malheureux avoir toutes les misères la guerre et le mauvais temps…. » « …. Vous allez avoir beaucoup de travail pour remplacer ceux qui combattent, je vous prie d’aller chez nous tant que vous pourrez comme je sais que vous le faites continuellement merci de ma part…. » (29 mai 1915)

  • Il se préoccupe des malheurs des uns et des autres :

« …. Vous êtes heureux à Lendresse de n’avoir pas plus de pertes que ça, nous n’en sommes pas de même à Arance et si c’était encore fini, enfin espérons et ayons confiance…. » (27 février 1915)

« … Tu diras des choses de ma part chez toi et à Jean  dont je ne sais pas où il est maintenant mais sûrement qu’il n’est pas aussi avancé que moi et je ne le désire pas pour lui. Tu me donneras des détails des soldats de la commune à la prochaine lettre… » (14 février 1915)

« … Tu ne me parles pas du tout de Pothin ni de tes oncles…. » (3 avril 1915)

« …. Toi au moins tu as de la chance d’être réformé car il nous en est arrivé aujourd’hui un détachement qui avait été réformé et qui ont été repris maintenant  ça fait pitié de les voir mais au moins ils sont jeunes….. » (29 mai 1915)

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Comme il écrit à son cousin, il n’hésite pas à donner des détails sur sa situation :

«…… Voilà 10 mois que nous sommes partis et que nous avons mis les pantalons et depuis nous ne les avons plus quittés, nous sommes tout déchirés comme de vrais mendiants à part la capote…. » (29 mai 1915)

« ….. Si tu savais à la position où nous sommes plein de poux nous sommes maintenant dans un marécage sous les tentes, nous couchons pour ainsi dire dans l’eau….. » (31 août 1915)

  • pourtant il pense à faire des cadeaux aux siens :

 « … Je t’ai fait faire un porte-plume de  cartouches boches…. »

«… J’envoie une petite bague pour la petite Anna qui maintenant doit être une grande écolière… » (29 mai 1915)

  • Il a son idée sur les enjeux de cette guerre :

 « …. Les officiers dont c’est leur métier de faire la guerre, ils n’ont jamais gagné autant d’argent que maintenant et nous autres misérables qui mangeons l’argent de notre chère famille et nous faire écraser pour le plaisir des riches et en somme qu’est-ce que nous allons gagner dis le moi un peu…. »

 « …..Si la paix s’était signée il y a six mois, nous aurions eu une paix avantageuse mais maintenant que les russes gagnent du terrain, je t’assure que nous payerons quelque chose et que nous y resterons tous. » (31 août 1915)

  • mais son impatience est grande face aux civils qui croient bien faire en lui recommandant la patience, en particulier pour la permission qui se fait attendre :

 « … Puisque tu me dis d’avoir patience, je suis bien forcé d’en avoir. Tu ne te figures pas  que depuis 13 mois que je suis parti ayant quitté tout comme j’ai quitté que ça serait bien temps que je vienne un peu voir ma chère famille que je ne vis que pour eux….. »

 « …. Vous êtes heureux vous autres d’avoir de la patience, sûrement que quand vous vous couchez, vous êtes tranquilles. C’est bien le malheur de nous autres misérables que nous sommes que le civil soit si tranquille…. »

  «… Tu me dis d’avoir de la patience, que mon tour viendra mais je le sais quand ça sera mon tour mais tu ne sais pas que les minutes sont précieuses toujours au milieu de la mitraille  et alors il me semble que j’ai le droit de m’inquiéter…. » (31 août 1915)

 

 

Pierre Houyou est décédé le 25 septembre 1915, « bon et brave soldat, tombé glorieusement pour la France…. en se portant à l’attaque des tranchées ennemies » lit-on sur sa fiche matricule.

Entre le 25 et le 30 septembre, lors de l’attaque lancée le 25 septembre, il y a eu dans son régiment 387 tués, 936 blessés, 360 disparus.