L’école des filles de Mont

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Création de l’école

D’après Soeur Simone Renée des Filles de la Croix d’IGON :

« les religieuses avaient été demandées à la Congrégation, dans le but de fonder une école, par M. l’abbé Lescoute, curé de la paroisse. Les soeurs furent logées dans la maison « Péborde » acquise par la congrégation le 16 août 1840. Cette maison et ses dépendances étaient assez grandes pour abriter l’école et la communauté des religieuses ».

Soeur Simone Renée nous dit aussi que les travaux de restauration et d’aménagement de l’école ont été entrepris par l’abbé Lescoute qui, mort avant la fin du projet, fut remplacé par l’abbé Vignau « aidé des habitants de Mont et des villages environnants ».

A l’examen des registres de délibérations du conseil municipal de cette époque, on trouve une version un peu différente. Dans une lettre au ministre de l’instruction publique et des cultes, datée du 14 mars 1851, la commune de Mont affirme s’être « imposé les plus grands sacrifices pour la construction [….] d’une maison destinée à recevoir trois soeurs de la Croix qui seront chargées de l’instruction de jeunes filles de la commune de Mont et de trois communes voisines, Lendresse, Gouze et Arance, tandis que la commune de Mont fait seule les frais de cette maison qui est en voie d’achèvement ».

On retrouvera dans différentes délibérations ultérieures cet argument de la commune pour demander l’aide de l’Etat : par exemple, le 22 octobre 1857, la commune fait une « demande de secours » à l’Etat pour l’église en rappelant que les travaux de la maison des 4 Soeurs ont été assumés par la seule commune de Mont.

En fait, la maison a été léguée aux Filles de la Croix en 1840 par Mme Marianne Péborde, épouse de Pierre Lalanne, décédée en 1845. L’examen du cadastre confirme bien que les Filles de la Croix sont devenues, en 1873 seulement,  propriétaires de la maison Biallé appartenant à Pierre Lalanne depuis 1839, cette maison ayant été démolie en 1852 et reconstruite en 1861, ce qui a dû assécher les finances de la commune, d’où l’appel à l’État pour l’église en 1857.

En 1883, l’école compte :

  • au rez de chaussée, une salle de classe, une salle d’études, une cuisine, un réfectoire (A) et une grange, le tout donnant sur la cour attenante au jardin.
  • À l’étage, un dortoir (B), un salon, un autre petit dortoir (5mx4m), une salle de classe à laquelle on accède en passant par le salon puis le petit dortoir. (Plan de 1883 communiqué par soeur Gracy de la Puye)

Le cadastre  de l’époque fait état de 19 ouvertures.

 

L’école au XIXème siècle

  • Les classes commencèrent le 2 janvier 1852 (Sr S. R.)
  • En 1850, la Loi Falloux (15 mars 1850) admet, pour les institutrices congréganistes,  qu’on puisse tenir une école libre en ayant simplement une lettre d’obédience de sa congrégation.
  • A partir de1854 (loi du 14 juin 1854), le préfet reprend la direction du personnel de l’enseignement primaire, assisté d’un conseil départemental.

A la séance du conseil municipal du 8 février 1852, il est fait lecture d’une lettre de M. le Recteur qui invite le Conseil à délibérer sur la présentation qui lui a été faite par la supérieure centrale de la congrégation des Filles de la Croix, de la soeur Reine Eulalie (Jeanne Camors née à Bénéjacq le 16/01/1826 et entrée dans la congrégation en 1842), comme institutrice communale.  Le conseil répond positivement : il demande que Soeur Reine Eulalie soit nommée institutrice communale.

En 1852, Soeur Reine-Eulalie est donc institutrice communale à Mont. Dans le recensement communal de 1856, il y a 4 soeurs (Ursulie (Eulalie ?), Marie-saint-Gervais, Marie-Valérine, Zébine)

En 1860, Soeur Marie Servalie (25 ans) remplace Soeur Reine-Eulalie à Mont. Sur le recensement communal de 1861, elle habite avec Soeur Marie-anne-marie (25 ans), Soeur Séverina (23 ans) et Soeur Scholastine (23 ans) ; mais le recensement de 1866 compte avec Soeur marie-Servalie, Soeur Marie-Sébine, Soeur reine-Marie et Soeur Marie Théophilia.

En 1872 Soeur Reine-Eulalie revient.

En 1873 par Soeur Théodora la remplace.

 

Lettre d’obédience du 15/10/1873 :

La soussignée Assistante Générale de la congrégation des  Filles de la Croix, dite Soeurs de St andré, dont le chef lieu est à La Puye (Vienne) certifie et déclare que notre chère soeur Théodora (Marie Luby) née à Azeneix (Htes Pyrénées) le 26 03 1827, présentée par nous pour diriger l’école libre des filles de Mont en remplacement de notre chère soeur Reine Eulalie, passée à Bordes, est entrée dans notre congrégation en  1849.

Pendant ces 10 dernières années, cette soeur a dirigé l’école primaire des filles à Morlanne, à Hagetmau.

A Igon, le 29/10/1873, Signé soeur Saint Edouard, fille de la Croix

En 1874, soeur Waast (Marie-Jeanne Fauquié de Castétarbe) née à Laloubère le 19/02/1832 et entrée dans la congrégation en 1851, remplace Soeur Théodora passée à Bagnères de Bigorre. Elle avait précédemment été employée à l’enseignement à Lamarque (Htes Pyrénées) jusqu’en 69, puis directrice de l’école de Castétarbe.

En 1883, Soeur Reine-Joséphine, (Jeanne-Adrienne Nougues) née à Pardies le 10/4/1856, titulaire d’un brevet de capacité délivré par le recteur de l’académie de Toulouse, le 7/11/1882 à Cahors déclare l’ouverture d’une école primaire libre. Le Maire déclare en outre qu’après visite faite du local indiqué pour la tenue de l’école, il a reconnu qu’il est convenable et ainsi il l’approuve. Le 8 janvier 1884, soeur Reine-Joséphine devient directrice.

Dans les archives de l’académie, on trouve en 1889, on trouve la lettre d’envoi du diplôme de Soeur Reine-Joséphine, ainsi que celle de son adjointe, Soeur Marie-Sérafia ( Treizia-Tilzéa Clavé) née le 9 juin 1842 à Eslourenties

En 1889, Soeur Valéria (Marie-Héloïse Laffont ). Le 29/09/89, on trouve copie de la déclaration d’ouverture d’une école primaire privée par cette religieuse. Elle figure encore sur le recensement communal de 1891 (elle a alors 23 ans), avec trois autres personnes dont Jeanne Baillinou, qui est encore là en 1896, puis en 1901 (elle a alors 77 ans….)

Soeur Simone Renée parle aussi de Soeur Régina (Depierris de Luc Armau) et de Soeur Zénaïs Fourcade de Tarbes. Peut-être s’agit-il des adjointes qui s’occupent de la garderie ? De toute manière, on voit bien qu’il y a beaucoup de changements dans le temps parmi les religieuses autres que l’institutrice en titre,  Le recensement communal en témoigne.  Il montre aussi que le nombre maximum de religieuses officiellement présentes est 4. Parfois, on y trouve aussi des personnes qualifiées de « couturière », « ménagère », auprès des « institutrices ».

 

Nombre de classes

Soeur Simone Renée dit que 2 classes primaires furent ouvertes en 1852 et que six mois plus tard, une quatrième Soeur fut envoyée pour ouvrir un « ouvroir », avec un internat pour les élèves venant de loin. C’est sûrement pour cette raison que, certaines années, des enfants ont été recensées dans cette maison (Marie-Louise Gréchez, 6 ans, en 1861 ; les jeunes filles Lageyre et Casenave, 13  et 12 ans, en 1866 ; 7 filles dont une enfant naturelle en 1872…).

 

Équipement

On trouve dans un rapport de l’inspecteur primaire à l’inspecteur d’académie, cité par  Mémoire du Canton de Lagor (2006, n°3, vol2, p.109),  un avertissement :

« La classe des petites, qui reçoit en 1883, une trentaine d’enfants de Mont, Gouze, Arance et Lendresse, n’a pas de tables. Par ailleurs, l’ouvroir est dirigé par une maîtresse sans titre de capacité, les cours autres que la couture sont donnés par la directrice de l’école. »

En 1887, l’inspecteur qui rend visite à l’école, juge que « le local est suffisant, ainsi que le mobilier, bien placé, propriété de la communauté »

 

Qualité de l’enseignement

En 1887, le rapport de l’inspecteur primaire à l’inspecteur d’académie (archives départementales) juge l’enseignement donné médiocre, même si l’institutrice est qualifiée d’intelligente. On fait beaucoup de dictées, les cahiers ne portent pas de corrections, plusieurs enseignements sont peu ou pas présents. L’Inspecteur conclut son rapport d’inspection  :

« L’établissement est renommé dans le pays pour la fabrication de jeunes filles dévotes, fanatiques et ignorantes, mais propres et de bonne tenue, au moins extérieurement. Ces qualités, toutes de surface, séduisent les populations. Pourquoi nos écoles laïques (je ne parle pas de toutes), ne le comprennent-elles pas et, très supérieures pour le reste, -le principal-, ne cherchent-elles pas à être au moins égales pour l’accessoire ? »

En 89, la même institutrice est qualifiée de « brave femme, mais institutrice médiocre » par le même inspecteur qui estime que « la routine règne en souveraine «  dans l’école.

Ces appréciations sont-elles le fruit d’une inspection objective ou d’une conception sectaire de la laïcité ?

 

Nombre d’élèves

En 1859, l’école de garçons recense 25 élèves, dont 11 gratuits. L’école de filles en compte 80 (gratuites).

Le nombre des filles a tendance à baisser au cours des années qui suivent (70 en 61, 65 en 63, 51 en 65).

En 1887, le rapport de l’inspecteur primaire à l’inspecteur d’académie (archives départementales) fait état de 82 filles inscrites (68 présentes).

En 1897, l’école compte 60 filles, l’ouvroir, 20.

Les finances

Depuis la loi Guizot du 28 juin 1833, obligation est faite à toute commune d’avoir au moins une école primaire élémentaire, bien que l’obligation de la fréquentation scolaire ne soit pas envisagée.

L’enseignement est libre, la liberté d’enseignement s’exerce selon les conditions de moralité et de capacité déterminées par la loi et sous la surveillance de l’État. Un comité de surveillance dans chaque commune comprend le maire, le curé, le pasteur et plusieurs notables.

 

Le traitement de l’institutrice

A partir de 1852, chaque année, le traitement de l’institutrice figure dans le budget communal pour un montant de 50F (budget total : 1932,40 F en 1853)

En 1854, le sous-préfet rappelle que le Conseil Municipal devrait assurer :

1°) une allocation annuelle ou traitement de 200F

2°) un logement pour l’institutrice et une salle pour la tenue de l’école.

L’abbé Vignau s’engage à verser annuellement 150F dans les caisses de la commune. Le Conseil municipal s’engage à voter chaque année les 50F nécessaires en plus.

En mai 1857, parmi les dépenses facultatives, le traitement de l’institutrice apparaît maintenant pour 200 F avec la mention « communes de moins de 800 âmes »

En 1868, le 8 mars, la délibération fait état du passage du traitement de l’institutrice de 200 à 400 F. Il y a alors 414 habitants. Il est fait état d’une offrande de M. de Lestapis (191 F) pour coopération à ce traitement, et engagement de M. l’abbé Vignau de verser le complément provenant de dons qu’il s’engage de recueillir (159F). La commune verse toujours 50F  annuels.

Après 1886, l’enseignement dans les écoles publiques ne peut être dispensé que par du personnel laïque.  A partir du budget 1886, la ligne « école libre des filles » disparaît du budget de la commune. En 1889, les 50F de traitement de l’institutrice disparaissent.

 

l’entretien de l’école

  • la part de la commune : en février 1859, le préfet ayant prescrit de délibérer sur l’entretien des écoles de garçons et des écoles spéciales de filles, le texte  de la décision est recopié soigneusement sans montants pour l’école de filles et il est suivi de la mention suivante : « l’école de filles est dirigée par des religieuses Filles de la Croix au moyen de legs et donations privés, plus une somme de 50F que le Conseil Municipal vote annuellement. L’instruction est gratuite pour les filles de Mont, Gouze, Arance et Lendresse ».
  • Pour Soeur Simone Renée, le financement était assuré en partie par la paroisse, en partie par les familles. Les pensionnaires versaient une pension. Des bienfaiteurs soutenaient l’oeuvre par des dons.

Un exemple : par testament du 26 avril 76, Jeanne Camgrand veuve Puyoou de Mont, décédée le 28/10/1877, a légué aux Filles de la Croix 1000F. Le conseil d’administration (?) demande l’autorisation du Conseil municipal pour accepter cette libéralité. L’avis favorable est donné le 27/10/1878.

  • Enfin les Soeurs étaient rémunérées pour leur travail d’entretien des églises, du linge liturgique et des ornements (Sr S. R.). Depuis 1856, elles servent de point d’accueil pour  la médecine gratuite. (délibération du 25/12/1856 !)

 

La place de l’école dans la commune au XIXème siècle

  • on trouve à plusieurs reprises dans les délibérations l’expression de la reconnaissance de la commune envers les Soeurs.

Par exemple, la sollicitude de la commune envers l’école se manifeste dans la délibération du 5 novembre 1862 : l’implantation d’un deuxième moulin est refusée, entre autres raisons, parce qu’il « priverait l’école des filles des avantages dont elle jouit journellement »

  • en 1872, le conseil municipal choisit l’école libre

La loi Duruy de 1867 fait obligation à toutes les communes de 500 habitants d’avoir une école de filles. Elle autorise les communes à s’imposer de 4 centimes additionnels pour les dépenses scolaires et institue la caisse des écoles en vue de faciliter la fréquentation de l’école aux enfants pauvres.

Soeur St Edouard, présente la Soeur Reine Eulalie (Jeanne Camors), qui a fondé l’école, puis depuis 1860 dirigeait celles de Bordes puis Nay, en remplacement de la Soeur Marie Servalie. Cette présentation est transcrite dans le cahier de délibérations du 3 novembre 1872.

Le 5 novembre, le préfet certifie qu’il a reçu Mme Jeanne Camors et l’annonce d’une intention d’ouvrir une école libre à Mont. L’école peut alors ouvrir dans le délai d’un mois s’il n’y a pas d’opposition dans l’intérêt des moeurs publiques.

  • Dans le registre des délibérations du 7 février 1875, le conseil Municipal, « considérant que la commune ne possède que 387 habitants, n’est pas tenue d’entretenir une école publique de filles ». L’école libre offrant toute garantie aux familles, le Conseil vote 50F comme traitement ou récompense à la directrice.
  • A partir de 1879, puis en 81, 82, 86 entrent en vigueur : l’obligation de l’instruction primaire, la liberté contrôlée de l’enseignement privé et la gratuité et la laïcité de l’enseignement primaire public.
  • En 1888, le Préfet demande aux mairies de participer à une enquête générale sur la situation du service scolaire dans toutes les communes. Le Conseil municipal, dans sa délibération du 12/08/1888, « considérant combien sont nombreux et importants les services rendus par les deux écoles existantes,l’école primaire spéciale aux garçons et l’école libre de filles (congréganiste), demande le maintien de la situation scolaire actuelle »

 

 La fermeture en 1903

En juillet 1902, les établissements scolaires non autorisés (environ 3000) des congrégations autorisées sont fermés.

Le 15 juin 1902, le Maire donne lecture au conseil municipal d’une lettre de M. le sous-préfet par laquelle il fait savoir que la congrégation des Filles de la Croix a demandé, pour l’établissement non autorisé existant dans la commune, l’autorisation prévue par les articles 13 et 18 de la loi du 1/07/1901

En mars 1903, toutes les demandes d’autorisation des congrégations masculines sont rejetées. En juillet 1903, les congrégations féminines subissent le même sort. Émile Combes interdit l’enseignement aux congrégations, le 7 juillet 1904.

 

Par la délibération du 2/07/1903 :

« Le conseil municipal, à l’unanimité, proteste énergiquement contre la fermeture de l’école des filles de Mont annoncée pour le 1er août, pour les motifs suivants :

1 – le local de l’école actuelle des garçons est insuffisant pour recevoir une augmentation d’élèves. La surface est de 56 m2 et le volume 179m3. La population scolaire de la commune est de 30 à 35 élèves pour les garçons et de 35 à 40 pour les filles, soit au total 70 à 75 élèves. Le cube d’air pour chaque élève ne serait donc que 2,386m3.

2 – un agrandissement de la salle ne pourrait se faire que par la suppression du logement de l’instituteur et ne produirait d’ailleurs qu’une augmentation très insuffisante

3 – cette modification entraînerait à des dépenses très élevées et ne donnerait au point de vue du local qu’un résultat très peu satisfaisant et la commune déjà fortement imposée ne dispose d’aucun fonds. En aucun cas les travaux d’appropriation ne pourraient être  terminés pour la rentrée d’octobre.

4 – la commune n’a jamais eu à se plaindre des soeurs dont l’attitude n’a jamais donné lieu à aucune critique, tandis qu’au contraire, elles rendent de très réels services à la population.

En conséquence, le conseil Municipal de Mont émet le voeu que la mesure précitée soit rapportée »

L’établissement de Mont est fermé le 1er août 1903.

L’école est passée laïque le 26 Juillet 1903 au moment de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Auparavant des religieuses y enseignaient. Mon père m’a raconté qu’à leur départ tout le village s’était rassemblé pour les accompagner à la gare. Tout le monde pleurait. C’était un déchirement. Il avait 22 ans à ce moment là. (témoignage de MC, ancienne de l’école)
Mais le conseil municipal sait que l’école n’est pas morte.

Dans sa délibération du 30/08/1903, « Le Conseil Municipal, considérant qu’il n’est nul besoin d’agrandir la salle de l’école existante, attendu qu’une école libre de filles doit s’ouvrir à la prochaine rentrée d’octobre,

Considérant que la salle de l’école actuelle est très suffisante ; qu’il ne s’y présentera pas de filles ou tout au moins un très petit nombre,

Considérant en outre que les modifications prévues entraîneraient à de très lourdes dépenses pour lesquelles la commune, déjà fortement imposée, n’a pas de ressources,

Estime qu’il y a lieu de maintenir le statu quo. »

 

L’école libre de Mont de 1903 à 1940

Qui enseigne ?

Fermée pendant l’été 1903, l’école réouvre aussitôt « avec une Soeur « sécularisée »,  qui continuera jusqu’en 1940, avec une autre demoiselle diplômée formée par les soeurs » (Sr S. R.).

D’après Soeur Gracy de La Puye, la communauté de Cantaous fournit le personnel. Cependant la communauté de Cantaous n’a pas de trace de cette école (Soeur Fatima de Cantaous).

Les noms de certaines institutrices figurent dans les archives départementales de l’académie.:

– En octobre 1923, Mlle Junqua Mélanie, née le 13/3/1973, assistée de Melle Bezombes pour la garderie. Le rapport d’inspection parle de « tenue excellente, bonne école privée, maîtresse dévouée »

– En 1939, Alice Vauxion née le 17/5/1902, venue de Saint-Macaire (témoignage de MC).

– En 1941, Mlle Hourugou.

 

Témoignage de MC, ancienne de l’école:

« Mme Junqua était mon institutrice. Elle était assistée par Mlle Bezonbes qui s’occupait des plus jeunes.

L’éducation était assez stricte. Nous apprenions le calcul, le français, l’histoire, la géographie, la morale et avions également des cours d’éducation physique et de couture.

J’ai eu aussi Mlle Vauxion. Elle était accompagnée de sa tante. Elle était très distinguée, et, venait d’une institution réputée sur Bordeaux. En couture, elle nous faisait coller dans un cahier les petits échantillons de points de surget ou autre que nous apprenions. J’ai longtemps gardé ce cahier. A Noël, nous faisions de la peinture, des cartes  avec des maisons enneigées, la lune dans le ciel…

Je suis restée en contact avec Mlle Junqua et Mlle Hourugou qui était venue avec sa tante…

En fait, il y avait une seule institutrice pour toutes les élèves mais elle était souvent accompagnée d’une tante qui l’aidait pour faire manger les enfants à midi. » 

témoignage de CL, ancienne de l’école:

Nous avions des institutrices  « libres » qui étaient assez autoritaires…

J’ai le souvenir de beaucoup de temps consacrés à la prière  chaque jour. Je ne sais plus si c’était matin-midi–soir ou après chaque récréation…

En classe, il ne fallait pas tourner la tête. A la messe non plus, les enfants de l’école libre avaient une place réservée aux premiers rangs de l’église sur la gauche. Notre institutrice mettait sa chaise au milieu de l’allée pour mieux nous surveiller.

On la craignait. Pourtant, la seule fois où j’ai été surprise à rire avec une amie, nous avons seulement dû nous installer séparément au fond de la classe. C’était une honte pour nous à cette époque. ()

A qui appartient l’école ?

L’école est alors privée et prise en charge par M. de Lestapis, maire de Mont en 1904.

Les archives de La Puye contiennent,  un bail de 9 ans, passé le 30 octobre 1921, entre Soeur Véronique Marie, supérieure générale des Filles de la Croix et M. Pierre de Lestapis, pour « l’immeuble que la congrégation possède à Mont et que le preneur déclare bien connaître pour l’avoir visité »…..

Le bail sera sans doute renouvelé en 1930….

En 1937, M. Grangé, curé de Mont, écrit à la supérieure des Filles de La Croix, pour lui demander, M. de Lestapis étant décédé, de louer les locaux à M. Beller Alfred, président d’une « association légale de pères de famille ». Cette association a été constituée  « sur les conseils du député De Lestapis », sa mission est « de soutenir et de défendre l’école chrétienne dans le cas où des menaces viendraient à se lever ». Le bail est passé par Soeur Rose-Alexine (Marie Domecq) le 27 octobre 1937. Loyer annuel 150 F.

témoignage de CL, ancienne de l’école:

On avait la salle de classe  à l’étage. Il y avait aussi une garderie pour les petits.

Pour le déjeuner ceux qui étaient loin s’emmenaient le repas et celui-ci était réchauffé par l’institutrice sur une cuisinière. (témoignage de CL, ancienne de l’école)
Dans la cour de récréation, il y avait des balançoires en bois. Je ne crois pas qu’il y en avait dans les autres écoles. Il y avait également un puits avec une pompe.

Au rez de chaussée de la maison, il y avait le préau qui était en fait une grande pièce avec des fenêtres. Des portes manteaux y étaient accrochés.

Au premier étage, il y avait la salle de classe et des chambres.

Un grand  poêle de fonte, entouré d’une petite barrière pour éviter les accidents, chauffait la salle de classe. Nous nous  passions les bûches à la chaîne pour les monter.

Quelles sont les relations avec la commune ?

Dans sa délibération du 30 août 1903, le conseil municipal, invité à prendre les dispositions nécessaires afin que l’école mixte puisse recevoir à la rentrée prochaine tous les enfants qui s’y présenteront, estime qu’il y a lieu de maintenir le statu quo, une école privée devant s’ouvrir le 1er octobre.

L’inspecteur primaire rapporte à l’inspecteur d’académie, le 11 septembre 1903, que toutes les filles fréquenteront sans doute cette école, l’instituteur  lui même ayant demandé s’il pouvait y envoyer sa propre fille. (archives départementales)

Au cours de la séance du conseil municipal du 29 décembre 1912, M. Pierre de Lestapis a proposé que la commune prenne en charge les fournitures scolaires des enfants indigents, dans l’école des filles, comme dans l’école mixte publique.  Le Conseil délibère ainsi :

« Considérant que :

1°) si tous les garçons de la commune vont à l’école communale, par contre toutes les filles vont à l’école libre

2°) qu’il n’y a aucune raison de refuser aux filles indigentes la gratuité des fournitures scolaires que la commune accorde aux garçons indigents,

Décide qu’à partir du 1er janvier 1913, les fournitures scolaires des enfants indigents se feront aux frais de la commune dans les deux écoles. »

Selon l’inspecteur primaire, cette proposition ne figurait pas à l’ordre du jour, mais « M. de Lestapis déclara faire de l’adoption de cette proposition une notion de principe »…. « Ce qu’il voulait surtout, suivant un mouvement venu de Belgique tendant à se généraliser en France, faire admettre l’idée d’une subvention aux écoles privées ». (MCL, p.111)

Pendant la guerre (jusqu’en 1946), l’école devient annexe de l’école laïque, dirigée par Mme Lacu (témoignage de HL, ancienne élève).

La loi du 2 novembre 1941 autorise les départements  à subventionner les établissements d’enseignement primaire. Une subvention est accordée à l’établissement en 1944-45 pour un montant de 34800F. (archives départementales)

 

La fermeture définitive de l’école

Selon soeur Simone Renée, « la Soeur sécularisée dut quitter son travail en raison de son âge et de sa santé en 1940 », la date de la fermeture définitive n’est pas connue, « mais le 15 juin 1946, les bâtiments étant libres, la congrégation les loua à Mme Feugas (qui sous-louait ce qu’elle pouvait), jusqu’au 26 octobre 1977 ». La propriété fut ensuite vendue.

Conclusion

À l’époque de sa création, cette école témoigne dans la plupart des catégories sociales et en particulier dans les milieux catholiques d’une conception spécifique de la formation des filles : le souci d’une éducation soignée, le souci de former des jeunes personnes bien élevées, aptes aux travaux d’aiguille qui étaient un signe des bonnes maîtresses de maison

Cette école est bien un élément important de la vie sociale et politique de la commune. Elle a peut-être servi de support à une certaine résistance à la laïcité voulue par la République. Mais elle a aussi aidé une commune pauvre à assurer une instruction pour tous et en particulier pour les filles.

 

Maïté Goarré – 13 septembre 2010