L’église St Pierre aux liens de Gouze

 

Dédiée à St Pierre aux liens, patron des moissonneurs, l’origine de l’église est imprécise : elle serait antérieure à 1571…

 

Le plus ancien document traitant de cette église, que nous ayons trouvé actuellement, date de 1620.

Il s’agit du compte rendu de la rencontre en 1620 de l’évêque avec le pasteur protestant et les jurats du village de Gouze en vue  de la restitution des biens catholiques par les protestants. Ce compte- rendu émane de l’ouvrage d’Henri Lassalle «  Le rétablissement du culte catholique en Béarn ».

Nous apprenons qu’étaient réunis ce jour-là, devant  «  l’église paroissiale » de Gouze, Pierre de Casenave, Jacob de Vignau jurats du village, Maistre Pierre Lafitte ministre et le sieur évêque.

« …Lesdits jurats, parlant par la bouche dudit de Lafitte dirent qu’ils s’opposoient à la restitution de ladite église, parce qu’elle a esté bastie à despens communs, oultre qu’ils la possedoient avant la saisie faitte des biens ecclésiastiques. De plus que ceux de la religion sont en plus grand nombre que les catholiques. Et ainsy elle ne leur doit estre ostée, demandant leur en laisser la propriétté.

Ledit sieur de Lescar [l’évêque] au contraire nous requit l’exécution entière de nostre commission et luy bailler la pocession de ladite église, comme estant des anciennes, pour y restablir l’exercise de la religion catholique… ».

Maistre Lafitte, pasteur protestant sur la commune, s’oppose avec les jurats à la restitution de l’église. Il met en avant qu’elle a été construite par les habitants de Gouze avant la saisie des biens ecclésiastiques décidée par Jeanne d’Albret en 1571.Ceci est corroboré par l’évêque qui désigne l’église comme faisant partie des anciennes. M. Lafitte explique encore qu’il y a plus de protestants sur la commune que de catholiques.

Rien n’y fait, l’évêque demande à ce que lui soit donnée la possession de l’église pour y rétablir l’exercice de la religion catholique. Les protestants évacueront l’église dans  deux mois…

Les commissaires rendent leur ordonnance. L’église, le cimetière, le temple et la cloche sont l’objet des conventions ordinaires. Le sieur Lafitte en appelle au « conseil « 

Nous ne savons rien de la décision finale du Conseil.

Selon l’Evêque, l’église est considérée comme faisant partie des anciennes. Elle serait ainsi bien antérieure à 1571…

Il semble qu’il y ait également un temple ou un lieu de rassemblement protestant important sur le village

42 familles protestantes sont dénombrées sur Gouze vers 1650 cf. Dictionnaire des Pasteurs basques et béarnais (XVIème et XVIIème) d’Albert Sarrabère.

Un document de 1666, extrait du registre du conseil d’Estat du Béarn fait état que pour les :

« … habitants faisant profession de la Religion Prétendue Réformée en village de Lendresse, d’Arance et de Mont en Béarn…qui sont tous d’une annexe… l’exercice   [du culte protestant] des dits habitants particuliers se voit continué au village de Gouze ».

Albert Sarrabère dénombre vers 1650,dans son ouvrage, 33 familles protestantes à Lendresse, 58 à Arance et 58 à Mont.

Dans leur  « … requeste présentée au Roy en son conseil… », ceux-ci demandent avec l’appui de M. Saffores seigneur de Lendresse et Mont, à changer le « … lieu de  leurs presches… » car « … les chemins du dit lieu de Gouze sont très difficiles, dangereux et bouchés souvent par une rivière sujette à débordement… ». Ils souhaitent pouvoir exercer leur culte sur le village de Lendresse, plus central.

Les informations retrouvées par la suite sur l’église de Gouze sont toutes issues des registres de délibérations des successifs conseils municipaux du village.

L’organisation de l’église après la révolution

 

  • Les sonneurs de cloche

Livre des délibérations  de Gouze 1792- 1846, délibération du 13 mars 1791

Deux sonneurs de cloches sont désignés pour une durée de trois ans.

Ils devront « …conformément à l’usage…sonner…les angelus du matin, midy et soir tous les jours, de même… sonner la cloche lorsqu’il y aura de l’orage ou tonnerre pour raison de quoi il leur sera payé par chaque habitant feu allumant et pour chacune des trois années un boisseau de millocq bon et marchand… délivrable chaque premier janvier… ».

Ils devront également « … faire les fosses dans le cimetière pour les morts au moyen d’une rétribution aussy d’un boissau de millocq… ».

Chaque famille vivant ainsi sur la commune ( feu allumant ) doit leur fournir une mesure précise,  un « boissau » de maïs de bonne qualité qui pourra si besoin être vendu par les deux sonneurs.

  • Suppression des armoiries du seigneur de Gouze

Une délibération du 12 juillet 1792 fait état de la suppression des armoiries, titres, marques distinctives du seigneur de Gouze au sein de l’église.

Le Conseil municipal explique dans cette délibération avoir établi un procès-verbal après s’être déplacé dans l’église pour présenter sa demande « … en les invitant à les effacer [ ces armoiries, titres] sans retardement à quoi on a satisfait en sorte qu’il n’en reste plus à notre connaissance… ».

  • L’église est rattachée quelque temps à Argagnon en 1792

C’est le sieur Girody curé d’Argagnon qui est desservant de l’église de Gouze. Le régent du village jean Barrau de Lendresse, à l’instar des différents instituteurs se succédant sur la commune, lui vient en aide pour les écritures.

 

  • En 1812, l’église figure sur la carte Napoléonienne

  • La commune de Gouze finance l’église catholique à partir de 1830 mais non le logement du pasteur protestant

De façon régulière à partir de 1830 les budgets font apparaître un financement du desservant catholique  de l’ordre de 100 F, avec une participation à son logement de l’ordre de 30F et une participation aux frais de culte  de l’ordre de 16 à 52 F.

Une délibération en 1862, fait état du refus du conseil municipal à financer l’indemnité de logement du pasteur protestant d’Orthez. La raison invoquée est «…qu’il n’y a dans cette commune qu’une seule famille appartenant au culte réformé et que cette famille ne dépend d’aucun consistoire et qu’elle n’est soumise à aucun pasteur reconnu par l’état…. ».

C’est un changement significatif. Rappelons qu’en 1650, 42 familles protestantes étaient recensées sur le village de Gouze.

 

L’église, de petite taille en très mauvais état, doit être restaurée…

Dès 1808, les délibérations du Conseil municipal de Gouze font état de la nécessité d’engager des travaux pour  « …le sanctuaire et le toit de la dite église… ».

En 1854, il est question d’agrandir l’église « … l’église se trouvant tellement petite qu’elle ne peut contenir que les deux tiers de la population ce qui met les fidèles dans l’impossibilité de pouvoir assister aux exercices religieux d’une manière convenable… ».

Le village a alors autour de 350 habitants ce qui nous donne une capacité de 200 places environ dans l’église.

La question des travaux à engager est étudiée à plusieurs reprises par le conseil municipal  en 1858 et 1860.

Le 20 mai 1861, M. le Maire présente au Conseil municipal un projet d’agrandissement de l’église et de reconstruction d’un clocher établi par M. Darnaudat architecte à Orthez. Un courrier est envoyé au Préfet pour demander son approbation pour les travaux à engager et le lancement d’une souscription auprès des habitants de Gouze pour en compléter le financement.

La souscription auprès des habitants de Gouze rapporte 868F. La commune dispose avec cette somme d’un total de 2431F. Le coût total des travaux est de 2158F. Les travaux vont-ils débuter ?…

L’église a-t-elle été restaurée dans les années 1877-1878 ?

  • Le 11 février 1872, M. Labarthe maire prend en main l’agrandissement de l’église

Onze années se sont écoulées depuis le lancement de la souscription…

Lors de la séance du 11 février 1872 M. Labarthe, Maire de Gouze, explique l’état déplorable de l’église:

« …La toiture est délabrée…le clocher est sur le point de laisser tomber la pauvre cloche ,tant il a été mal construit… l’intérieur a été depuis longtemps tellement négligé et délaissé à cause de l’intention où était la commune de mettre tout à neuf lors de l’agrandissement, qu’il peut être considéré dans un état d’abandonnement… les fidèles (les femmes surtout) sont très gênées pendant les offices… ».

M. Labarthe ajoute que la commune est sur le point de voir l’église en état d’interdiction. L’argent consacré aux travaux d’agrandissement, précise-t-il encore, leur a été en partie enlevé pour la guerre contre la Prusse. Néanmoins, il estime qu’il faut profiter de la saison où il y a moins d’ouvrage, et qu’avec beaucoup d’ordre et économies il est possible de commencer au plus tôt les travaux des murs.

Il termine en disant  que cela donnera  « …en même temps la faculté de venir au secours des familles dont les chefs manquent d’ouvrage et peut-être de pain pendant cette rigueur  du temps et de disette… ».

A l’unanimité, à la fin de cette séance du 11 février 1872, le conseil municipal sous l’égide de M. Labarthe Maire, vote les travaux d’agrandissement de l’église.

« …il sera prélevé sur la caisse municipale après autorisation de M. le Sous-Préfet  la somme de neuf cents quatre-vingt  francs laquelle sera mise immédiatement mise à disposition de M . le Maire pour être employée… à la construction des murs de l’église pour l’agrandissement projeté… ».

  • Le 7 février 1873, la restauration de l’église n’est toujours pas réalisée…

Dans cette délibération, il est de nouveau question de travaux de maçonnerie à effectuer en grande urgence à l’église de Gouze sans que l’on puisse savoir si les travaux d’agrandissement de l’église cités dans la délibération du 11 février 1872 ont été réalisés ou pas.

  • Le 9 octobre 1875, un décret désigne l’église de Gouze : « chapelle de secours »

L’église de Gouze, annexe de l’église succursale de Mont, prend la dénomination de chapelle de secours.

« … Le culte sera célébré sous la direction du desservant  de la succursale de Mont et l’administration en sera confiée à la fabrique de l’église de cette paroisse qui comprendra les recettes et les dépenses de la chapelle en un état annexé au budget paroissial… ».

Ce décret fait état également de deux legs de M. Henry-Charles- Amédée de Poudenx qui lègue par testament olographe, écrit de sa main, en date du 1er Mars 1862 : 1000F pour les pauvres de la commune et 2000F à l’église de Gouze.

  • Le 1erJanvier 1877, enregistrement par le Conseil municipal du legs de M.Poudenx  2000F pour l’église

Dans cette délibération, le conseil municipal décide d’employer ce legs « … pour la restauration de son Eglise pauvre, délabrée et tombant en ruine… ».

Ainsi, les travaux de restauration ne sont toujours pas effectués en 1877…

  • Le 27 octobre 1878, les travaux de rénovation de l’église sont-ils terminés ?

M. Naulé, Maire du village, expose que « … par suite de la transformation de l’église, il conviendrait de déraciner deux arbres au cimetière, un acacia + un peuplier valant ensemble environ cinquante francs. Le conseil municipal considérant que les arbres dont il s’agit ont atteint leur maturité et ne rapportent aucun revenu à la commune, qu’au lieu de servir d’ornement, l’acacia surtout dérobe complètement la vue du clocher et de l’entrée de l’église…  décide de les enlever… »

L’église a-t-elle été agrandie, le clocher refait ??…

Aucun document autre, pour l’instant, que cette délibération où il est question de dégager « la vue du clocher et de l’entrée de l’église.

Nous pouvons penser qu’effectivement l’église a été restaurée à ce moment-là, car à partir de là, les travaux engagés sur l’église sont mineurs : refonte de la cloche qui s’est fêlée, intervention pour bien remettre la croix au-dessus du clocher qui menace de tomber, nouvelle intervention sur cette croix qui s’est déplacée lors d’une tempête… Il n’est plus question d’église trop petite, délabrée…

Pour autant, l’église actuelle  ne porte aucun indice sur elle pouvant faire penser qu’elle ait pu être agrandie. Sa contenance est toujours autour de 200 personnes…

  • Vers 1896, la commune augmente sa participation financière aux divers cultes

Ainsi, le supplément  de traitement au prêtre desservant passe à 230F par an. Un chantre est également  financé à raison de 40F par an.

La commune finance également à partir de cette année 1896 une indemnité logement pour le pasteur protestant à raison de 5F par an.

 

Après la loi de séparation des églises et de l’état en 1905.

  • Très vite la commune cesse tout financement au prêtre catholique et au ministre protestant 
  • Le sonneur de cloche change de statut

Une délibération de 1907 nous explique ce changement.

« …Avant la séparation de l’église et de l’état, le sonneur faisait le service mixte de la sonnerie religieuse et municipale moyennant une indemnité en céréales que les habitants de la commune donnaient volontairement.

Depuis la Séparation, la rémunération du sonneur ayant été modifiée, celui-ci demande pour le service des trois sonneries journalières du matin, de midi et du soir, pour l’arrivée du percepteur, pour avertir les habitants en cas de sinistre et pour les occasions imprévues une indemnité de 90 francs par an… »

Le conseil municipal accepte de lui verser cette indemnité à partir de 1907.

  • La vie sur la commune

Un arrêté municipal en date du 24 Novembre 1929 fait état que  « … les débits de boisson de la commune devront être fermés tous les jours à 22 heures (heures d’hiver) et de 23 heures (heures d’été). Ils pourront rester ouverts toute la nuit de Noël et les samedis, dimanches et lundi de la fête locale. »

 

De nouveaux travaux de réparation de l’église seront effectués plus tard

  • en 1919, réfection de la couverture du toit du clocher
  • en 1937, réfection de la flèche entière du clocher charpente comprise
  • enfin à partir des années 1970, la rénovation de l’église telle qu’elle est actuellement.