Lendresse: les deux églises Saint Martin de Tours

 

Le village de Lendresse a connu une première église, des plus anciennes du Béarn, emportée par le gave, avec son cimetière, lors d’une crue entre 1812 et 1815.

Une nouvelle église, dédiée comme la première à St Martin de Tours, a été construite au cœur du village en 1829.

 La première église St Martin de Lendresse

 

L’église de Lendresse fait partie, avec celles de Loubieng et Castétarbe, des plus anciennes en Béarn. Il s’agit de la première vague de construction d’églises, toutes dédiées alors à St Martin de Tours.

En 1385 le dénombrement général des maisons de la vicomté de Béarn établi sur ordre de Gaston Fébus fait état, au village de Lendresse,  de « l’Ostau de l’Abadie, domenger » : maison du seigneur de l’abbaye.

Cette abbaye n’est autre aujourd’hui que « le château de Lendresse ». Ce nom lui est donné depuis fort longtemps, après la disparition de l’ancien château féodal du village.

C’est sur ce domaine que se trouvait la 1ère église de Lendresse.

En 1571, l’église fait partie des biens ecclésiastiques saisis sur ordre de Jeanne d’Albret.

L’église sera consacrée durant une cinquantaine d’années au culte protestant.

Le 6 novembre 1620, protestants et catholiques se disputent l’église.

Lors de la restitution des biens ecclésiastiques aux catholiques, un compte rendu, de la rencontre du 6 Novembre 1620 entre l’évêque,  les jurats et le pasteur protestant de Lendresse, est établi.

Suivant ce compte-rendu publié dans l’ouvrage d’Henri Lassalle « le Rétablissement du culte catholique en Béarn », se trouvent rassemblés, ce jour-là, devant l’église de Lendresse  Pierre de Saffores, jean de Brusset, Jean de Lahille,  jurats, et  Maître Pierre de Lafitte, ministre pasteur protestant des villages de Lendresse, Arance et Gouze.

Pierre de Lafitte déclare au sujet de l’église «  qu’ils la possedoient avant la saisie des biens ecclésiastiques, oultre qu’il n’y a que peu de catholiques en tout le lieu ». L’évêque réplique que : « ladite église est des anciennes… ».

Tous deux sont d’accord sur une ancienneté de l’église bien antérieure  à 1571, date de la saisie des biens ecclésiastiques ordonnée par Jeanne d’Albret.

Dans ce compte-rendu, nous apprenons la décision de l’évêque et l’existence d’un temple dans le village :

« … L’église, le cimetière, le temple et la cloche sont l’objet des clauses ordinaires. Les protestants quitteront l’église dans deux mois… Le sieur de Lafitte en appelle au Conseil… ».

Nous ne connaissons pas les suites données à cet appel et n’avons pas d’information supplémentaire sur le temple.

Le 22 Mars 1666, l’église est dans le dénombrement d’Henry de Lassalle abbé laïc de Lendresse.

Noble Henry De Lassalle, abbé laïc de Lendresse, déclare dans son dénombrement, déclaratif de l’ensemble de ses biens, que ses prédécesseurs ont fondé l’église de Lendresse.

« … Plus que lesd(its) abbés de Lendresse, ses prédécesseurs ont fondé l’église parroissielle dud(it) lieu quy est battie dans les fonds de la mai(s)on abbatialle et joignant lad(ite) bassecour, et en ceste qualité tant luy que ses prédécesseurs ont esté pattrons de lad(ite) cure et y ont présenté, vacation advenant, et sur leur présenta(ti)on, Monsieur l’évesque dioscézain ou ses vicaires généraux ont pourveu (de) lad(ite) cure les personnes par eux nommées, laq(ue)lle maintenant est occupée et servie par Noble Pierre de Lasalle, son frère… »

 

Fermeture de l’église à la révolution

C’est autour de 1790, après la Révolution, que l’église de Lendresse est fermée sur ordre de la République. La Paroisse de Lendresse est  rattachée à celle d’Arance. L’abbaye est saisie et vendue comme bien national.

 L’église est indiquée sur le plan cadastral Napoléonien établi autour de 1812,.

 L’église est le bâtiment noir tracé à la perpendiculaire d’une grange du Château, anciennement abbaye laïque.

Le gave était plus au sud qu’aujourd’hui. L’église  était entourée d’un cimetière. Le chemin, « route de Maslacq », avait  le tracé actuel. Le fond noble de l »abbaye devait s’étendre au sud et à l’est de l’église. La maison Tourner apparaît à l’est de l’église, en bordure de la route. Au sud du cimetière et de la terre de Tourner se trouve la saligue de l’abbaye puis le gave.

 

L’église est emportée lors d’une crue du gave entre 1812 et 1815

Au début des années 1800, le problème essentiel du village de Lendresse est le gave qui ne cesse de s’avancer vers le bourg en emportant des terres à chaque crue. Au fil des siècles, les terres de l’abbaye, son pigeonnier… ont été emportés creusant cette large dénivellation actuelle jusqu’au pied du côteau.

On peut se questionner sur l’état exact de l’église à ce moment-là. Du fait de sa fermeture depuis la révolution, est-elle laissée à elle-même ou toujours entretenue ?

C’est au cours d’une nouvelle grande crue du gave, entre 1812 et 1815, qu’elle est emportée avec le cimetière…

C’est un grand choc pour le village qui ne va avoir de cesse de reconstruire son église.

 

La deuxième église St Martin de Lendresse

 

Construction d’une nouvelle église : réception des travaux en 1827

Bien que toujours rattaché à la succursale d’Arance, le village s’organise et sollicite auprès du préfet l’autorisation de construire une église.

Le processus de reconstruction passera par plusieurs étapes :

  • 14 décembre 1815, legs de Madame Bonnecaze Catherine apparentée au dernier abbé laïc de Lendresse, avec condition de bâtir une église à Lendresse.
  • 27 juin 1818, la somme de 1000 francs est mise de côté sur le budget communal pour construire « une chapelle ».
  • 24 Mai 1821, une souscription est lancée, auprès des habitants du village, pour le financement de la construction de l’église.

 

« …L’an  mil huit cents-vingt-un et le vingt-quatre Mai le Conseil municipal de la Commune de Lendresse et ensuite tous les habitants se sont assemblés pour faire leur offre chacun pour sa faculté pour la construction d’une église… »

 

  • 18 juillet 1822, accord officiel de Mr le Préfet pour la construction d’une église à Lendresse.

Cette nouvelle église sera située au centre du Village, sur la parcelle 289, vierge de toute construction.

Elle est constituée d’une nef avec une petite sacristie. A l’extérieur, la porte d’entrée est abritée par un porche sous lequel se trouve un petit escalier conduisant à la tribune. Il n’y a pas de clocher.

Sur le devant de l’église, nous trouvons le cimetière catholique avec un chemin donnant sur l’actuelle rue de l’embarcadère.

Un second cimetière, le cimetière protestant, est aménagé derrière l’église avec un accès indépendant derrière la maison Baron, donnant sur l’actuelle rue du pèlerin.

 

En 1840, achat de l’autel classé depuis 2005 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques

Acheté à la paroisse de Maslacq, il s’agit d’un autel de la 2ème moitié du 17ème siècle, en cuir doré repoussé avec un  décor floral entourant une peinture de la Vierge et l’enfant. Le haut de l’autel est doré à la feuille d’or.

 

 

 

 

 

La vasque de pierre des fonds baptismaux, seul vestige à notre connaissance de l’ancienne église, a été sauvegardée :  (fonds baptismaux à droite de l’autel).

 

Le clocher est construit en 1876 lors de l’agrandissement de l’église

En 1876, de nouveaux travaux sont engagés avec la construction d’un nouveau clocher et l’agrandissement de l’église. Deux plans sont étudiés.

Finalement, il est choisi une combinaison des deux.

La tribune et le porche avec son escalier sont supprimés. L’église est agrandie de 2-3 mètres en arrière de la porte d’entrée. Une tribune est aménagée avec un escalier intérieur.

Le clocher est construit.

 

 

zoom sur la cloche de l’église

La cloche de l’église, datée de 1897, est financée par deux familles : les Martin du Gard, nouveaux propriétaires de l’abbaye dite aujourd’hui Château de Lendresse, et les de Lestapis de Mont. Elle porte mention de leurs noms et une gravure de Marie.

 

L’église est rénovée en 1974.

Les travaux vont concerner l’installation du chauffage, de spots d’éclairage, de bancs, l’enlèvement des statues, des chaises et de la petite barrière de séparation autel / assemblée.

La crèche de Noël continue à être réalisée suivant la tradition transmise par les anciens du village.

 

Petit souvenir d’autrefois

 

Mme Andréa Loustau née Arrieu, ayant habité à Lendresse, 14 Rue St Jacques, de 1937 à 1956 nous raconte :

« … Quand, je suis arrivée à Lendresse, j’avais 15 ans. C’était en 1937.

A 8 h 30 – 9 heures le dimanche matin, il y avait la messe. Presque tout le monde y allait. On partait à la messe tous ensemble. On s’attendait de maisons en maisons, les uns les autres. C’était la vie du village.

Le curé venait d’ Arance. L’église avait à l’époque toutes ses statues avec un très beau chemin de croix.

A la sortie les hommes allaient au café, chez Doumecq. Tout le monde discutait sur la place. Nous les jeunes, on décidait de ce qu’on ferait l’après-midi.

Simone Lasbiste animait la chorale pour la Noël. On chantait à Noël avec le curé Arriau. On apprenait chez Lasbiste avec le piano. C’était Simone qui dirigeait. Ensuite la dernière répétition était à l’église en haut des tribunes…  »